La culture, un capital à faire fructifier (Papier)


ISBN : 978-2-9808602-6-3
Author(s) : Gérald Grandmont
Publication year : 2016
Pages : 204

La culture, un capital à faire fructifier

La naissance de l’action publique en matière de culture remonte à la première moitié du XXe siècle, plus précisément dans les années 1920 sous l’influence du Secrétaire de la province, Athanase David. L’ambition était donc ici de consigner, par un regard de l’intérieur, des repères de l’évolution de la sensibilité culturelle des pouvoirs publics depuis le début du XXe siècle. Pour ne pas perdre l’itinéraire qu’ont suivi les décisions publiques, il faut pouvoir remonter le temps, situer des choix importants effectués par les pouvoirs publics, comprendre les liens qui rattachent ces décisions les unes aux autres, qui se superposent et qui s’entremêlent parfois et, enfin, percevoir le feuilleté que le tout donne quelques dizaines d’années plus tard.

Les politiques culturelles embrassent désormais plus large que le secteur des arts, des lettres, des industries culturelles et du patrimoine. Certes, ces politiques demeurent un univers de création à nourrir et à stimuler, mais elles deviennent en même temps un outil de développement. C’est ce que nous nommons de nouveaux territoires de la culture. Certains estiment qu’en devenant un outil de développement, la culture est parfois « instrumentalisée ». Étonnant qu’on puisse penser que la culture doive surtout se vivre en dehors du développement des sociétés et des personnes. Elle doit apprendre à en être une part active, me semble-t-il. N’est-ce pas ce que nous admirons dans les quartiers anciens des villes européennes, dans les temples et les monastères aussi bien de l’Europe que de l’Asie, sur les places publiques enrichies de la création artistique, sur les grandes scènes du monde ?

L’auteur est professeur associé à l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal. Il a évolué dans le domaine de la culture depuis 1976 en particulier au ministère de la Culture et des Communications à plusieurs titres dont celui de sous-ministre adjoint ainsi qu’au Musée de la civilisation du Québec. En sabbatique au ministère français de la Culture et de la Communication, il participa activement à la mise au point du programme d’évaluation des politiques culturelles nationales du Conseil de l’Europe en 1984-85. On lui doit en particulier la première politique muséale ainsi que la dernière Loi sur le patrimoine culturel. Co-auteur de « Pouvoirs publics et politique culturelle : enjeux » et de « L’environnement entre au Musée », il a également publié de nombreux articles sur les politiques culturelles. Il a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres du ministère de la Culture et de la Communication de France.

Je suis de ceux qui pensent qu’une culture humaniste est nécessaire à tout être humain. Parmi les éléments d’une telle culture humaniste, on peut compter la trame historique qui a fait la nation ou le monde tel qu’il est maintenant. Un regard sur la genèse d’une communauté peut permettre de comprendre d’où une idée vient ou comment une nation s’est construite. Cette conscience de ce qui nous a précédé permet, nous osons l’espérer, de ne pas répéter les mêmes erreurs.

C’est dans cette perspective que, lors de la création du Diplôme d’études supérieures spécialisées (D.E.S.S.) en gestion d’organismes culturels en 1988, j’avais proposé que le cursus de tout étudiant comprenne un cours sur les politiques culturelles. Il m’apparaissait important que les gestionnaires des arts et du milieu culturel en général aient une vision d’ensemble du chemin parcouru ici en matière d’intervention étatique, tout en réfléchissant aux problèmes contemporains qui affectent leur secteur. Quand on ignore d’où vient telle ou telle politique et pourquoi cette politique a été établie, on peut refaire le monde inutilement, exiger telle ou telle chose, pour finalement se retrouver sans le savoir vingt ans en arrière.

Un autre aspect qui me semble important pour ceux et celles qui auront à revendiquer une intervention de l’État est de comprendre comment une cause ou un problème chemine dans l’appareil gouvernemental. Cet appareil n’est pas exempt d’agendas cachés, de luttes de pouvoir, de pression de lobbies divers, des priorités imposées par le niveau politique, ou tout simplement par l’ignorance ou les antagonismes des uns et des autres. Toute réflexion qui implique des humains est sujette à des déviations normales. Comprendre comment l’appareil d’État prend des décisions permet ainsi de mieux naviguer pour atteindre l’objectif voulu.

Un livre écrit par quelqu’un qui a passé sa vie dans l’appareil gouvernemental, qui a eu la chance d’aller voir ailleurs ce qui se fait, en Europe et plus particulièrement en France dans ce cas-ci, qui a connu une succession de ministres titulaires du portefeuille de la culture, qui a accédé au « Saint des Saints » d’un cabinet ministériel, peut instruire de façon très pertinente les acteurs du milieu culturel.

Cet ouvrage de Gérald Grandmont est intéressant à bien des points de vue. D’abord, il reconstitue les grandes lignes de l’intervention de l’État québécois dans le domaine artistique; il nous fait découvrir que cette intervention ne date pas de la création du ministère des Affaires culturelles en 1963, mais qu’elle prend racine, même timidement, en Nouvelle-France. Ensuite, plus près de nous, on voit se dessiner, par à-coup, le cheminement d’une pensée, d’un gouvernement et d’un secteur culturel, qui mène finalement à l’adoption d’une politique culturelle en 1992. Ceux et celles qui oeuvrent depuis 25 ans dans le domaine des arts ont assisté aux débats entourant cette politique, mais retrouveront dans cet ouvrage des aspects qu’ils ignorent. Pour ceux et celles qui sont plus nouveaux dans le domaine, ils pourront mieux comprendre d’où venait la réflexion autour de cette politique, comment on ne crée pas un document de politique du jour au lendemain car la réflexion qui y mène procède par essai et erreur, comment on aboutit à une position gouvernementale qui s’est développée et affinée au fil des ans. Enfin, l’ouvrage ouvre la discussion sur les enjeux contemporains auxquels est confronté le monde des arts, mais aussi, nécessairement, la société dans laquelle ses acteurs évoluent. Sur fond de croissance économique faible, des budgets très serrés de l’État, d’une suroffre de produits culturels, l’auteur réfléchit à ces nouvelles préoccupations comme un sage qui n’est plus dans l’action au quotidien, mais qui continue à observer les mouvements sociaux à la lumière de son expérience précieuse.

C’est avec grand plaisir que la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC Montréal a accepté de publier cet ouvrage. L’éclairage qu’apporte celui qui a vécu pendant 32 ans l’intervention de l’État québécois au sein du ministère de la Culture est celui d’un initié qui nous fait observer de l’intérieur ce qui constitue
aujourd’hui les différents instruments que s’est donnés le Québec en matière d’intervention en art et culture. Cet ouvrage sera utile tant pour les praticiens des arts
et des industries culturelles que pour les étudiants en arts ou en gestion culturelle, et même pour toute autre personne qui s’intéresse à ces questions.


Professeur François Colbert, C.M., FRSC
Titulaire de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux,
HEC Montréal

Avant-propos
Préface
Introduction

Première partie
De l’initiative individuelle à l’institutionnalisation

Chapitre 1
À l’ère des pionniers (1900-1950)

L’entrée en scène des communications
Un Secrétaire de la province sensible aux arts
Une attente de liberté de création

Chapitre 2
État mécène et l’excellence des arts (1950-1970)

Réactions du Québec au Rapport Massey-Lévesque
L’arrivée de la télévision à Radio-Canada français
Le Conseil des arts de Montréal
Un projet identitaire, le ministère des Affaires culturelles

Chapitre 3
Le début de la quête d’une politique culturelle nationale : le Livre blanc de Pierre Laporte

La mise en place d’institutions culturelles
Premier maillon de conservation du patrimoine documentaire, la création de la Bibliothèque nationale du Québec

Deuxième partie
De la professionnalisation à l’industrialisation

Chapitre 1
Un temps de professionnalisation : 1970-1985

De nouvelles visions du développement comme repères
Le Livre vert de Jean-Paul L’Allier
Le Livre blanc de Camille Laurin et le Sommet sur les industries culturelles
Le plan d’action de Clément Richard
Des ajouts législatifs structurants
1972 : La Loi sur les biens culturels
La Loi sur les entreprises québécoises dans le domaine du livre
Un nouveau modèle d’organisation : la création de sociétés d’État
Une amorce de régionalisation
Une première Direction générale des musées
Multiplication des associations professionnelles

Chapitre 2
Politique industrielle en accéléré et politique culturelle de la création (1985-2000)

De nouveaux moyens dans l’industrialisation
1987-1988 : L’adoption de lois sur le statut de l’artiste : une vision également sociale de la culture
1990 : Le recours à la fiscalité pour soutenir la culture
La politique culturelle : Notre culture, notre avenir
Priorité à la création : le Conseil des arts et des lettres du Québec
La SODEC, le FICC et la Financière
Un nouveau ministère de la Culture
La fusion Culture et Communication : associer un ministère à vocation économique à la culture
1995 : Les ententes de développement culturel avec les municipalités - la reconnaissance des responsabilités de proximité
Un ministère du futur
1997 : L’entente culture-éducation : la concrétisation d’une démarche interministérielle et une nouvelle vision de l’action publique
Les Journées de la culture
Le rapport aux publics
De nouvelles politiques sectorielles
La politique de diffusion des arts de la scène
La politique du livre et de la lecture
Villes et villages d’art et de patrimoine
La Politique muséale
Le rôle des premiers ministres

Troisième partie
Responsabilisation citoyenne et corporative

Chapitre 1
Approche sociale de la vie artistique et approche citoyenne de la culture (2000-2015)

La condition socioéconomique de l’artiste
L’Observatoire de la culture et des communications du Québec
Mécénat Placement Culture
Un projet de politique du patrimoine
Le projet de loi sur le patrimoine culturel
La Convention pour la protection des expressions culturelles
Un plan d’action pour le développement durable
Patrimoine religieux

Chapitre 2
De nouveaux enjeux dans le champ culturel 55 ans plus tard

Quelques repères et questionnements
Des enjeux contemporains
Le numérique
La citoyenneté culturelle
L’intégration culturelle
La place de la culture dans le développement

Conclusion
Annexes
Index des noms
Index des figures
Index des encarts
Bibliographie